Le silence Martine et Alex

21 novembre 2010

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Je ne sais pas par quoi commencer, je me sens mal depuis un moment, j’ai l’impression que tout part en vrille : le boulot, la vie, les enfants, Alex. Même plus le temps de baiser, on bosse comme des dingues. Si c’est ça la vie, j’ai envie d’arrêter. Julie ma copine, m’a dit T’inquiète pas, c’est la quarantaine qui te secoue la couenne. Ben, pour être secouée, j’ai plutôt l’impression de sortir d’une lessiveuse dès le matin quand je pose le pied au sol. Je ne sais pas comment m’en sortir, je m’épuise, je ne trouve plus rien pour me raccrocher. Va falloir que ça change sinon je vais péter les plombs, et ce ne sera plus une crise de la quarantaine…

Je vais tenter d’être pragmatique, prendre les problèmes dans l’ordre. Mais comment faire, quel ordre ? Tout est urgent. Distinguer l’urgent du prioritaire ! Facile sur le papier. J’ai fait un stage de deux jours sur la gestion du temps le mois dernier. Ils me font marrer, quand, dès le matin en te préparant pour aller bosser, t’as la petite dernière de 8 ans qui renverse le bol avec le chocolat les céréales pour le plus grand bonheur du grimard, que la grande de 14 hurle que je ne l’aime plus parce que son chandail rose n’est pas lavé et que C’est pas possible ! T’as jamais été jeune, maman, tu comprends rien à rien, que ton mec te demande le rasoir à la main, la queue à l’air, tout en se contorsionnant devant la glace et se palpant la panse Dis chérie je vais reprendre la natation le soir, tu ne trouves pas que je m’empâte un peu ?. Déjà là, pour commencer la journée, c’est trop ! J’ai décidé de ne répondre à personne, j’ai évité le passage par la cuisine et je suis partie direct en lançant un bonne journée ! J’ai laissé Alex se démerder.

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Les jours sans, c'est comme les jours avec, sauf qu'il n'y en a pas.

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Martine ! Maaartinne ! Elle est partie me dit Zoé en reniflant ! Partie, comment ça partie ?! Ben partie au travail ! Qu’est ce qui lui prend de nous planter là comme ça ! Je vais être à la bourre au boulot ! Zoé sanglote dans la cuisine en répétant la morve dégoulinante J’ai pas fait exprès ! Quand à Charlotte, elle hurle dans sa chambre et moi je devrais être parti depuis 5 minutes. J’embrasse Zoé, en la rassurant, C’est pas grave ma chérie, va vite te préparer, puis je monte en courant tambouriner à la porte de Charlotte espérant ne pas rentrer dans une discussion sans fin où Charlotte énumérerait avec force de détails toutes nos actions prouvant combien nous étions devenus des parents égoïstes ! Voulant couper court à tout espoir de diatribe, je prends un ton autoritaire et lui ordonne de sortir de sa chambre pour partir au collège. Là-dessus en dégringolant l’escalier, je lui dis que nous reparlerons de tout ça ce soir, j’attrape ma veste, ma mallette en réalisant que ce soir, je n’étais pas près de rentrer puisque que j’avais une réunion en visioconférence avec le Canada !

Je claque la porte en pestant après Martine, la lâcheuse, et en pestant après moi de prendre un engagement avec Charlotte, engagement que je ne pourrai pas honorer. La journée commence bien !

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J'aime bien le "ne respirez plus" du radiologue, il permet l'exacerbation des autres sens.

Le vieux, il commence sérieusement à gâter, vivement sa retraite, on n’en peut plus nous les filles de ses mains baladeuses et de ses blagues à deux balles. Il est gentil mais lourd… Ce matin, c’est le pompon Mon petit bouchon qu’il m’appelle, j’hallucine ! Mon petit bouchon, vous voudrez bien me préparer le compte-rendu pour le CHSCT suite à la réunion d’hier et puis vous viendrez me montrer comment je peux l’envoyer par mail, j’aime quand vous m’expliquer les nouvelles technologies. Mon petit bouchon ! Comme si j’avais besoin de lui pour me faire péter le bouchon, faut pas me chauffer ce matin, le vieux, je suis énervée ! Je m’en veux d’être partie si vite, pauvre Zoé, pauvre Alex, il a dû me maudire ! Ahh je l’aime mon Alex, bon c’est vrai qu’en ce moment on n’a plus trop le temps de se faire des câlins, mais on s’est payé des supers bons moments tous les deux. C’est ce qui nous sauve aujourd’hui, le ciment de notre couple. Savoir qu’on s’est envoyé en l’air comme des fous et que nos chorégraphies valaient largement des voltiges aériennes même réalisées par des pros, mais bon on ne va pas vivre qu’avec les souvenirs, ce serait bon de reprendre du temps pour nous deux, ce serait vraiment bon. Enfin c’est pas gagné pour cette semaine.

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Ils ont quand même un putain d’accent ces québécois, « nous autres » comme ils disent, on a des difficultés à les suivre, mais bon le projet avance bien, le boss a l’air content, mais je me méfie, avec lui, ça peut virer très vite, d’autant plus vite que le marché est important et celui-là c’est un putain de gros marché, il faut qu’on l’ait, c’est dans mes objectifs, c’est ma part variable, c’est la nique aux italiens qui nous talonnent sur le dossier, c’est la paix pour un moment. Alors, nom de Dieu, je le veux ce contrat. On part en séminaire demain pour élaborer la stratégie, contrer la concurrence, se cadrer sur les objectifs, faire travailler nos neurones. Je suis content de me tirer 4 jours, je vais m’aérer un peu, laisser la famille, Martine, les filles, j’ai une overdose en ce moment, Charlotte est devenue vraiment pénible depuis la rentrée. Ces 4 jours de boulot intensif, je les attends avec impatience.

C’est vrai qu’il part demain en séminaire. Quatre jours sans Alex ! Le pied ! C’est pas qu’il me met la pression, trésor, mais bon, un peu quand même ! C’est sûr que je vais cavaler mercredi soir pour les filles, entre la danse de Zoé et le théâtre de Charlotte, mais je ne fais pas à manger, ce sera pizza, salade ! Elles vont adorer, j’espère que cela va bien se passer. Un moment seule avec les filles, je vais jouer complice mais pas trop, maman câlin et surtout je vais expliquer à Charlotte comment se servir de la machine à laver, comme ça plus de problème de chandail rose pas lavé !

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Être nihiliste c'est simplement être prévoyant.

Voilà on a bossé à fond mardi après-midi jusqu’à 21 h 00, mercredi toute la journée idem et aujourd’hui aussi, on commence à être claqué. Le boss nous a proposé un foot cette après-midi : cohésion d’équipe ! On s’est bien marré, c’est vrai que cela nous a fait du bien de nous dégourdir un peu, je commençais à avoir la tête comme un compteur à gaz à force de vivre dans cette salle de réunion. Comme c’est bon de déconner un moment avec les collègues, oh les blagues fusent un peu, les coups vaches aussi, mais c’est viril, ça se claque comme une accolade. Ce soir, c’est récréation encore, pas de dossier, on reprend les festivités demain 9 h 00. Le boss nous a lâchés après le repas vers 22 h 00 comme Guitton et Paubert, de vrais lèche-cul ces deux là. On est resté 4 à boire un dernier verre, on était bien, la détente était là. Les langues se sont déliées, on a parlé de la nouvelle filiale à Marseille, enfin pas longtemps, on a surtout parlé cul. Delcourt nous a décrit l’hôtesse d’accueil, à l’écouter c’est une vraie bombe, un mélange d’Angelina Jolie, et de Lara Croft ! L’alcool aidant, on s’est mit à rêver et à déconner sur les prochains déplacements à Marseille. Et puis, Delcourt a raconté qu’il s’était fait Sylvie, l’intérimaire au service marketing partie après les vacances, ça a été le début d’une longue série d’exploit. Il s’est lancé dans un descriptif détaillé de son tableau de chasse. Puis ce fut le tour de Lanvin, tableau plus modeste mais à mon avis réel à côté de ce fieffé menteur de Delcourt. Ensuite Trébard s’est lâché aux confidences. Même Trébard ! Je n’en revenais pas ! Il faut savoir que Trébard au concours beauté est classé avant-dernier, oui pas dernier, il peut exister pire, enfin moi j’ai pas encore vu. Mais lui je le vois suffisamment souvent pour me trouver bel homme ! Même Trébard ! Je suis parti me coucher tandis qu’ils me charriaient dans mon dos. Moi, j’ai ma Martine, deux adorables chipies, un chat et un chien. Tiens au fait Martine m’a laissé un message disant que Pilou était malade, malade comme un chien, ça me fait marrer cette expression. Bon il est tant que je me couche, je veux être frais demain, je tiens à ma prime variable, moi !

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Les ébats "amoureux" c'est déjà d'un ridicule... Si, en plus, faut se mettre un bout de caoutchouc, ça devient franchement grotesque !

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Tu parles d’une journée ! Je suis épuisée. A peine rentrée, Zoé trépignait pour que je l’aide à apprendre sa récitation, Charlotte enfermée dans sa chambre n’a pas voulu que je l’embrasse et Pilou allongé sur le sol de la cuisine, la truffe tiède, a dégueulé et pissé partout ! L’urgence et la priorité dans le cas présent c’est de nettoyer sinon c’est moi qui vais dégueuler, ensuite, ben ensuite je verrais bien, là je peux plus réfléchir.

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Je préfère partir en fumée que de rester en poudre.

Mon programme avec les filles, s’est bien passé, même si mercredi ce n’était pas facile, j’ai joué les taxis, mis une lessive en route, téléphoner pour commander du bois de chauffe pour l’hiver, téléphoner à ma mère pour lui dire que Non, nous n’étions pas disponibles ce week-end pour les voir que Oui je la rappelle sans faute que Oui, tout va bien même si un peu surbookée en ce moment que Oui je l’aime. Voilà, une corvée de faite. Charlotte boudait dans son coin, Zoé était déchaînée, elle racontait comment la maîtresse avait organisé une course d’orientation dans le parc, elle était toute excitée, nous racontant combien elle savait se servir d’une boussole, que désormais elle voulait être exploratrice et parcourir le monde rien qu’avec sa boussole. Elle nous a fait rire aux éclats avec ses imitations, déridant ainsi sa grande sœur. Puis Charlotte a été silencieuse, sa sœur prenait trop de place. Après avoir débarrassé la table, jeter les cartons des pizzas, étendu le linge, donner à manger à la basse-cour, je suis montée voir Charlotte. J’ai toqué doucement à sa porte, elle m’a répondu d’un mmoui engageant. Toutes les deux assises sur le bord de son lit je lui ai demandé comment elle allait. Elle s’était fâchée avec son amie pour une histoire de CD prêté puis perdu, mais sinon Tout va bien maman, je te rassure, j’te demande pardon d’avoir crié lundi pour mon pull, mais bon, tu peux pas comprendre c’était super important pour moi que je mette ce chandail rose ce jour là. Ma main caressait ses longs cheveux châtains, Chandail ou pas, tu es très mignonne Charlotte, mais viens je vais te montrer comment la machine fonctionne, comme ça tu pourras t’en servir. Super mais ne compte pas sur moi pour m’occuper du linge de tout le monde ! Au fait, maman, je suis invitée samedi à un anniv, j’peux ?

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Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. J’ai vu Delcourt niqué Lara Croft toute la nuit. Ils m’ont énervé avec leurs histoires de cul, impossible de fermer l’œil, j’avais la trique dès qu’Angelina Jolie surgissait. Je lui courrai après mais la garce, elle s’est pas laissée faire, impossible de la rattraper. Alors à 5 heures je me suis levé et j’ai repris mes notes pour en faire une synthèse puis j’ai bossé sur les écarts entre l’état d’avancement du projet et l’objectif attendu par les « nous autres, les québécois ». Je suis plutôt content de moi, même si le résultat n’est pas rassurant, je vais présenter ça au boss. C’est moi qui vais les baiser les Delcourt et compagnie.

Alex rentre ce soir, je suis bien contente, ouf, enfin le Week-end ! Même si c’est toujours un peu la course le samedi, j’espère bien qu’on va se reposer et se faire un petit resto rien que nous deux. Zoé dort chez sa meilleure amie, elle ne revient que dimanche matin et Charlotte va à un anniversaire, nous irons la chercher à 22h00. Un plan idéal pour nous deux !

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Au lieu d'être unique, le sens de la vie devrait être giratoire.

Le boss a été emballé, mes 5 planches powerpoint l’ont enthousiasmé, il les a voulu sur sa clef pour les reprendre à tête reposée ce Week-end. Il n’avait pas mesuré combien le planning était serré surtout à partir de la deuxième tranche et effectivement si nous avons le contrat, nous ne pourrons pas tenir le délai et les pénalités de retard nous seraient fatales. Guitton et Paubert les deux lèche-culs ont repris derrière moi en répétant qu’eux aussi ils avaient des doutes et qu’ils attendaient d’avoir plus d’élément pour en parler, parce que Les arguments d’Alex sont intéressants, mais Alex présente un scénario catastrophe, alors que notre société a su relever plus d’un défi en trouvant au fur et à mesure des solutions  efficaces. Autrement dit, vous me proposez de serrer les fesses et de mettre un cierge tous les soirs à côté du contrat en priant que tout se passe bien ! a gueulé le Boss En tout cas moi, j’ai pas envie de me le foutre là où vous pensez le cierge, donc je vous demande de vous mettre au boulot et de border le bébé, sinon c’est mal barré pour votre défi de cette année et des autres du reste ! Les collègues m’ont fait la gueule pendant tout le repas et toute l’après-midi. Ils m’ont dit que je jouais perso dans l’affaire et que c’est pas en agitant le chiffon rouge qu’on fait une bonne équipe. J’ai tenu bon toute la journée, puis ce soir en reprenant ma voiture, sur la route du retour, je me suis senti claqué, abattu. Et même si le compliment du boss m’a fait chaud au cœur, j’ai pas pu m’empêcher d’être mal à l’aise. Puis au fur et à mesure que le GPS égrainait les kilomètres, j’ai repris espoir, j’allais retrouvé Martine, lui raconter tout ça, elle me soutiendrait. La route m’a calmé jusqu’à ce que je retrouve le péage de St Arnould et les éternels bouchons.

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Sans la mort, la vie serait une horreur absolue : quêter éternellement un bonheur toujours éphémère...

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Il est bon Alex, dans son boulot c’est le meilleur, je n’en doute pas une seconde. Il faut qu’il se méfie des autres loustics. Les coups vaches en entreprise c’est pas du pipeau, le vers est dans le fruit, c’est bien connu ! Mais bon assez parlé boulot, je suis gentille là, je l’ai écouté depuis qu’on a pris la voiture, il n’a pas arrêté, je ne sais même pas s’il se souvient de ce qu’on a mangé. Dis mon trésor, on pourrait peut-être changé de sujet là, le dessert arrive… Finalement la fin du repas a été très agréable, nous avons parlé des prochaines vacances, du plaisir de se retrouver un peu tous les deux, de l’envie de prolonger la soirée en laissant nos corps se parler. On est parti récupérer Charlotte comme prévu, elle nous a fait un cinéma disant que c’est la honte de partir au beau milieu de la fête. Alex lui a rappelé qu’à 14 ans, une permission de 22h00 était plus que généreuse. A peine rentrée, je suis allée voir Pilou et le grimard dans la cuisine, ils dormaient ensemble collés l’un contre l’autre, eux au moins, ils avaient l’air bien. J’ai regagné la chambre, Alex était déjà au lit, je me suis brossée les dents, démaquillée, déshabillée, glissée dans le lit tout en lui racontant mes 4 jours à moi : le vieux avec ses mains baladeuses, le bois passé à 55 euros le stère, ma mère à aller voir avant qu’elle nous pique une crise, ma sortie chez le véto avec Pilou… je me suis arrêtée, étourdie par ma propre voix, Dis tu m’écoutes au moins ? Alex dormait à poings fermés. C’est pas gagné pour une folle nuit d’amour !!

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L'amour c'est comme la légion : engagez-vous, rengagez-vous, engagez-vous, rengagez-vous, engagez-vous, rengagez-vous.

Heureusement, le matin nous a trouvé en forme et on s’est amusé à jouer notre répertoire de galipettes. Avec le temps, on a développé un certain savoir-faire, on se connaît, chacun sait faire plaisir à l’autre. Avoir du plaisir à faire plaisir, c’est sans fin. Notre duo commence par de longs baisers tandis que les mains se promènent un peu partout pour s’arrêter aux points stratégiques. Là les caresses sont directes, franches puis je lui présente mes fesses qu’il embrasse longuement avant de me goûter avec gourmandise. Le désir me brûle le bas-ventre, je prends les commandes, je le retourne pour l’enfourcher et satisfaire enfin les vibrations de mon corps. Puis, rassasiée, je l’emmène avec moi dans le plaisir des baisers et des caresses avant d’accueillir sa jouissance et de plonger ensemble dans le sommeil. Vers dix heures, une dispute entre les filles nous a réveillé, rythmée par Pilou qui décidément allait beaucoup mieux.

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Dès mon arrivée au bureau lundi matin, je vois un post-it signé du boss me demandant de venir le voir. Je pose ma mallette, prend un bloc papier, mon stylo et j’y vais.  Bonjour Alex, (décidément, depuis le séminaire, il garde l'habitude de m'appeler par mon prénom !) j’ai bien réfléchi à votre présentation de vendredi, vous semblez bien voir les contraintes du dossier, votre point de vue est différent de Guitton...

La semaine commence à peine et je suis déjà crevée. Impossible de me motiver, Julie, ma copine doit avoir raison, c’est la quarantaine qui me travaille. Mais pourtant, j’ai tout pour être heureuse, un mari adorable, mmhh c’était vraiment bon hier matin, cela nous a fait un bien fou, donc un mec super, deux adorables chipies en bonne santé qui bossent à peu près bien à l’école, j’ai un boulot, bon c’est vrai que de ce côté là, je m’ennuie un peu, et puis le vieux me saoule par moment mais il n’est quand même pas méchant ! On habite une jolie petite maison, si tout va bien dans 10 ans, elle est payée ! Je ne suis pas moche, je me trouve pas mal dans le genre, même si je me laisse un peu aller en ce moment. Oui, c’est ça, je devrais aussi me remettre un peu au sport, bouger, m’aérer. Mais pour cela il faudrait que j’ai envie et d’une, de mettre mes baskets et de deux, d’aller en salle. Oh quelle horreur ! Me retrouver avec les bimbos super moulées ou les rafistolées en tout genre, je n’ai pas envie, mais pas du tout ! Non il me faudrait un truc cool, zen quoi, j’ai besoin de douceur, ne me brusquez pas, je n’ai plus de force. Je crois que la vie, métro, boulot, dodo m’a rattrapé, je me sens ficelée comme un rôti de porc, ma route est toute tracée, je n’ai plus rien à attendre. En fait, je sais, c’est terrible, rien à voir avec une quelconque crise, d’abord les 40 ans sont passés, bientôt 42 ans, mais je sais ce que j’ai : je me fais chier !!

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J'aime à rêver d'un passé sans futur(e).

Le boss m’envoie faire un diagnostic de la nouvelle filiale à Marseille. Après six mois de fusion, il voudrait vérifier si nos méthodes sont bien appliquées là-bas et puis en ce qui concerne le projet québécois, il veut les impliquer eux aussi. Il en convient, si nous décrochons le contrat, à partir de la deuxième tranche, nous ne tenons plus le délai, il est urgent de tout verrouiller et d’exploiter toutes nos ressources en interne. Par contre, je vais devoir bosser avec Guitton pour préparer mes audits. Là, il va falloir la jouer fine, Guitton ne va pas apprécier du tout mais pas du tout que le boss m’ait nommé moi, alors qu’il a en tant que responsable qualité, toutes les compétences pour conduire le diagnostic ! Je le reconnais bien là le boss : diviser pour mieux régner, il laisse ses ouailles se battre entre elles, pendant ce temps il a la paix. Il nous fait le coup régulièrement. Alors, il y a deux attitudes à adopter. Ou je joue cartes sur table avec Guitton et nous nous mettons d’accord pour présenter un duo de choc irréprochable et pertinent, ou bien je révise mes armes en prévision d’un combat avec Guitton. J’aurais bien envie de la jouer duo, après tout, si nous décrochons le contrat en ayant bien tout prévu, le boss sera content et… putain, non cela ne marchera pas, Guitton n’acceptera jamais de partager le succès et encore moins la prime, quoique moi non plus d’ailleurs… Il ne me reste plus qu’à préparer l’artillerie !

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Ma vie est toute tracée, je m’ennuie et le pire c’est que je m’en veux de ne pas être heureuse. Alors, je fais semblant, je m’illusionne, je montre une facette de moi qui ne correspond pas à ce que je ressens. J’en arrive à porter un masque, je joue à montrer que tout va bien, et même je suis capable de sur jouer, je deviens championne toute garantie pour jouer la comédie. J’ai raté une vocation de comédienne. Si je n’étais pas aussi mal, je rirais de moi… Plus je fais semblant, plus je m’en veux. Charlotte a raison au fond, je ne me souviens plus quand j’ai été jeune. Si, bien sûr, je me souviens de mes années collège, lycée et puis la fac, mes premiers amours, les émois qui transportent le cœur et le corps… Mais j’ai perdu le mode d’emploi, je ne sais plus m’enthousiasmer, me passionner, m’exalter, tiens, oui, l’exaltation, ressentir cette frénésie toute entière qui transforme tout. La pluie qui devient un jeu et non une raison de maudire le jour qui commence.

Quand ai-je perdu ma joie de vivre ? dans les rayons des supermarchés à courir après les promotions ?, dans l’organisation de ma vie avec les filles, Alex ?, dans ma quête de performance : un beau mari, une belle maison, de beaux enfants… réussir tout, tout en étant épanouie et heureuse ? Les magazines féminins n’arrêtent pas, à coup de reportages et de conseils, les femmes doivent tout réussir : une bonne mère, une bonne épouse, être belle, désirable, un bon boulot, être battante, réussir, réussir… ils n’ont que ce mot à la bouche. Moi je suis au milieu de ce pont que j’ai construit, je me dirige vers ce que j’ai toujours voulu avoir et je suis triste, fatiguée avec l’impression de passer à côté de moi, à force de devoir tout bien faire.

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N'être qu'un grain de poussière dans l'univers n'a en soi rien de désespérant; c'est le fait d'en côtoyer d'autres qui peut le devenir.

Longtemps dans le boulot j’ai été trop jeune, quand il y avait des projets, des évolutions, il a toujours fallu que je passe après Ne vous inquiétez, Martine, vous êtes encore jeune, votre tour viendra ! Seulement ce sont les enfants qui arrivent avec, à chaque fois la carrière qui recule. Et puis un jour alors que tu as enfin l’âge qui va bien, que tu es libérée des maladies infantiles, tu te rends comptes que les projets te passent encore sous le nez malgré tes compétences. C’est une nouvelle recrue, fraîchement sortie d’école avec une motivation béton qui prend le dossier. Je suis passée du Vous êtes trop jeune à la catégorie quadra, la pire pour une femme ! D’un seul coup en à peine trois ans ! Pourtant j’ai montré ce que je pouvais faire, et même à l’époque en 4/5 j’ai continué à faire tout mon boulot, à développer des ressources, à m’organiser pour que le service ne souffre pas de mon absence.

Maintenant, je me sens seule, vieille et vide.

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Le boss m’a mandaté, j’ai donc un coup d’avance sur Guitton. Je vais aller le voir, discuter avec lui, le flatter pour avoir son aide et montrer ainsi que je la joue équipe. Il ne pourra pas se plaindre que je l’ai court-circuité. Je verrai bien sa réaction, mais de toute manière, je vais éplucher tout ce qu’il me donne, histoire de repérer les entourloupes. Je tiens à ma promotion, je vais tout faire pour. Le vent tourne en ma faveur, je le sens.

Ce soir, après le dîner, je planche sur mon dossier. J’ai déjà récupéré les éléments concernant la fusion avec Marseille : historique, organigramme, compétences, audits antérieurs…

Je vais devoir laisser Martine se débrouiller avec les filles pour me consacrer à cette mission. Je pourrai lui donner un coup de main le week-end, mais plus le soir, je vais bosser au calme à la maison. Enfin pour être honnête, ces derniers temps, je n’ai pas foutu grand-chose non plus à la maison, je rentre tard, il y a eu le séminaire, je ne m’occupe plus beaucoup des filles et il y a longtemps que nous n’avons pas pris le temps de jouer ensemble ou de bavarder tout simplement. Mais bon, elles ont leur vie aussi ! Allez ne te tracasse pas Alex, prend le vent qui vient pour toi et fonce !

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Quand on n'est pas bien, la fuite ce n'est pas un manque de courage, c'est de rester qui serait une marque de faiblesse.

Tu rentres bien tard ! Nous avons déjà dîné, les filles avaient faim, Zoé joue sur la console et Charlotte tchate avec ses copines ! Bonsoir mon chéri ! Je m’approche d’Alex pour lui faire un bisou sur la bouche J’suis claquée tu sais !

Bonsoir ma chérie, les filles ont mangé, tant mieux, faut que j’te raconte Martine, je viens d’être nommé par le boss pour une mission capitale !

Et voilà, il m’a tout raconté en long en large et en travers. Je sais tout et je le sais même par cœur vu qu’il a répété plusieurs fois, notamment la scène avec Guitton Si t’avais vu sa tête Martine, il aurait bouffé son Iphone, qu’il n’aurait pas été plus vitreux !

Je l’ai laissé avec ses dossiers et son enthousiasme, j’ai pris Pilou, je voulais marcher dehors. Quand j’ai décroché la laisse, Pilou a sauté de joie en jappant de plaisir. Au moins cela m’a fait sourire. Nous sommes sortis tous les deux. Je suis allée au bout de notre rue, puis j’ai laissé mes pas m’emmener vers le centre ville. Un centre ville désert comme dans de nombreuses villes de banlieue, un centre ville qui ne ressemble à rien puisque les banques, les coiffeurs et agences immobilières ont remplacé la boucherie, le salon de thé, le poissonnier, la mercerie depuis longtemps déjà. Je viens rarement ici, les courses je les fais au centre commercial en dehors de la ville. Amusant, les centres sont à l’extérieur des villes et dans les centres villes, il n’y a plus rien. On marche sur la tête, m’étonne pas que je ne sache plus où j’en suis. Les larmes se mirent à couler sur mes joues, tout doucement sans raison, comme ça. Alors tout en me mouchant, je décidai de faire une cure de vitamine, de magnésium et puis de fer aussi, tiens cela ne me ferait pas de mal avant l’hiver.

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L'espoir ne fait pas "vivre", il entretient l'illusion qu'une vie meilleure est possible.

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Tu comprends Martine, c’est primordial pour moi, j’ai une carte à jouer dans ma carrière, j’ai le bon âge 45 ans, le bon profil, je sens que j’ai la côte avec le boss, il faut que j’y aille à fond ! Tu me comprends j’espère ? J’ai six mois de difficile, après, je pense que la partie sera plus claire, je pourrai viser le poste de directeur adjoint, tu te rends compte, mon rêve ! Mais on dirait que cela n’te fait pas plaisir ce qui m’arrive ? Qu’est-ce qu’il y a ma chérie ? Mais si, mon cœur, je suis contente pour toi, ne m’en veux pas, Il y a juste qu’en ce moment je suis un peu fatiguée, je me sens lasse… j’envie ton enthousiasme… Allons, viens là dans mes bras, viens te coller contre ton Alex… Tu ne veux pas aller voir Drancourt le toubib pour qu’il te dope un peu ? Si, tu as raison, je dois faire une déprime d’automne, le manque de soleil, sans doute… Bon allez, bonne nuit ma chérie, demain est un autre jour ! Je me colle contre son dos, passant ma main droite des épaules jusqu’aux fesses, je sens qu’elle s’apaise et … Aie ! Faut pas que j’oublie de lui parler des vacances de la Toussaint, ce sera sans moi la semaine dans le Morvan, je serai à Marseille, certainement.

Je vais me faire un plan de travail béton, c’est vrai que le boss me fait un appel du pied, il veut me tester sur ce coup là, voir comment je m’organise, j’ai carte blanche, mais je vais la jouer pro, montrer que je sais manager, piloter une équipe et l’emmener au résultat.

Bizarre ce que je ressens, il y a deux mois, nous étions en vacances, tout allait pour le mieux, et puis là maintenant, je me sens engloutie prise dans le tourbillon des autres. J’ai l’impression qu’une éternité s’est glissée en à peine deux mois… Bien sûr que je suis contente pour Alex, mais me voilà de nouveau seule pour gérer la maison, les réunions de parents d’élèves, les profs, faire le taxi pour les activités des filles, les courses, le ménage, je n’ai plus de temps pour moi. Alex part 4 jours par semaine à Marseille du lundi soir au vendredi soir, autant dire toute la semaine ! Au début, il m’avait dit qu’il irait une semaine par mois, le début n’a même pas existé, dès la première semaine, son boss avait décidé qu’il reprendrait en main toute l’équipe de là-bas et que cela nécessitait sa présence, le lundi serait pour les réunions à La Défense, puis direction Marseille TGV de 17h30. Le week-end, Alex bosse tout son samedi, pour gérer son boulot de Paris, vu que personne ne l’a remplacé sur ses missions en cours. Reste le dimanche : le matin il part courir avec Franck le voisin pour se vider la tête et après le repas, il s’écroule devant la télé… pendant que je repasse les chemises. Un mois que le cinéma dure, je n’ai pas l’intention de prendre un abonnement pour toute l’année.

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La solitude est l'une des rares bonnes choses qu'on ne peut partager.

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48 personnes ! Je dois connaître les missions des 48 personnes de Marseille. Le boss veut son rapport pour le 18, il me reste trois semaines pour éplucher tous les entretiens annuels, rencontrer tout le monde et présenter mon rapport. Les gens se méfient de moi, leur patron a été dégagé, je fais fonction. Ils n’ont pas l’air de m’apprécier beaucoup, déjà je ne suis pas du coin, en plus je viens de Paris, alors je sens bien qu’ils m’attendent au tournant. Mais bon, j’ai repéré quelques personnes disposées à m’aider à fond. Après tout c’est leur avenir aussi ! Claire la secrétaire est une perle, elle m’aide beaucoup, elle sait bosser et connaît toute l’histoire de la boite.

Il y en a une autre qui est une perle aussi mais dans un tout autre domaine, c’est Violaine, l’hôtesse, nom de dieu qu’elle est belle ! Je n’ai jamais vu une fille aussi canon, Delcourt a raison : un mélange d’Angelina Jolie et de Lara Croft ! Une vraie bombe, parfaitement consciente de l’impact de ses deux missiles près à jaillir du peu de tissus qui les recouvrent. Quand elle me regarde, j’ai l’impression d’être déshabillé de la tête au pied, ses yeux sont dotés de lasers qui analysent chaque partie de mon anatomie. Elle n’a pas froid aux yeux celle-là ! Les visiteurs de la boîte, clients, fournisseurs ou sous-traitants rampent littéralement devant elle. J’ai appris par Claire que l’ancien patron, dans des négociations difficiles avec des partenaires, n’hésitait pas à appeler Violaine au cours des réunions, juste pour lui apporter un dossier, histoire d’évaluer le trouble de ses interlocuteurs.

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Seuls les immortels pourraient, à la rigueur, se prendre au sérieux.

Zoé est triste le soir. Son papa lui manque. Même si Alex rentrait tard avant, il allait toujours lui faire un petit bisou le soir dans sa chambre et lui demander comment s’était passée sa journée. Papa est à Marseille, ma chérie, il reviendra vendredi soir. Mais c’est tout le temps comme ça maintenant, Maman ? Papa sera toujours parti ? Non, ma chérie, c’est juste que là, son patron lui a demandé de l’aider sur un gros travail et Papa veut réussir, tu comprends ma chérie, c’est un peu comme quand la maîtresse vous donne beaucoup d’exercices à faire, tu cherches à bien t’appliquer pour avoir une bonne note, c’est pareil pour Papa, il cherche à faire bien pour avoir une bonne notre et aussi plus d’argent à la fin de l’année. Pourquoi ? On n’a plus d’argent Maman ? Mais non, ma chérie, mais avec encore plus d’argent, on peut vivre mieux, partir plus souvent en vacances, changer de voiture, acheter un nouvel ordinateur, tout ce qui rend la vie plus agréable. Alors je vais avoir ma console de jeux à moi ? Je n’en sais rien ma chérie, mais on verra, si tu as de bonnes notes ! Allez, maintenant dors, fais un gros dodo. J’embrasse Zoé, tout en la bordant dans son lit, j’allume la petite veilleuse, j’éteins la lumière, les étoiles dansent sur le plafond telles des petites filles jouant dans la cour d’une récréation. Tout en lui envoyant un baiser, je referme la porte de sa chambre. Je retourne dans la cuisine finir de débarrasser la vaisselle et préparer le petit déjeuner pour demain. Le bol Hello Kittie pour Zoé, la tasse I Love NY pour Charlotte, et la tasse San Francisco ramenée par ma copine Julie, les céréales respectives pour les filles, 3 cuillères à café, ma pince à thé, le chocolat en poudre, les serviettes de table, voilà, comme une automate. Les gestes clairs, répétés des dizaines de fois occupent mon corps pendant que mes pensées voyagent. Ce soir elles m’emmènent sur un chemin que je n’aime pas. J’ai peur, peur de cette vie que nous menons, peur de cette course sans fin qui nous éloigne l’un de l’autre, peur de perdre l’amour d’Alex, peur de ne plus pouvoir le suivre. La distance s’est élargit entre nous très vite, bien plus vite que je ne le pensais. Tout ce que nous avons fait ensemble ne peut se désagréger si rapidement, pas en quelques semaines ! Je ne sais plus quoi penser. Tout en fermant les volets du rez-de-chaussée, je scrute le ciel déjà noir depuis longtemps, je cherche moi aussi mes étoiles là-haut et je voudrais redevenir une petite fille que l’on prendrait dans les bras pour rassurer. Je monte à l’étage voir Charlotte, allongée sur son lit, elle téléphone. Elle me fait signe de sortir avec des grandes gestes tout en me montrant un visage outré. Je referme la porte, encore plus abattue pour me diriger vers ma chambre. Sur le lit, Pilou dort, il a pris l’habitude depuis qu’Alex est absent de venir dormir à mes pieds. Je ne l’ai pas chassé, ses yeux me regardent avec tellement de tendresse, je n’ai pas pu. Je m’assieds à côté de lui pour le caresser, sa petite langue rappeuse lèche ma main. J’ai besoin de croire qu’il me comprend et même si ce nettoyage de ma main est dû à l’odeur du chocolat et des céréales, il me transmet son affection et sa tendresse.

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Quand on arrive à un "certain âge" ce ne sont pas les années passées qui pèsent le plus, ce sont celles à venir.

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J’ai eu la bonne idée de mettre en place des groupes de paroles en même temps que l’organisation matricielle. Ainsi je vois en temps réel les problèmes. Les groupes se réunissent toutes les semaines. Ils sont autonomes pour phosphorer sur tout, aussi bien la concurrence, le marché, la production que l’aménagement des horaires, l’organisation du travail et que sais-je. Du coup, les gens se réveillent, s’expriment sur leurs attentes et deviennent aussi force de proposition. Génial ! Je ne pensais pas recevoir un tel accueil. Tout le monde s’y met, même les grincheux, car pour une fois quelqu’un les écoute. Claire, m’a expliqué que l’ancien patron travaillait à l’ancienne, une autorité usée par le temps, tout le monde disait oui, mais chacun faisait comme il voulait. Maintenant cela change. Ils veulent travailler autrement, Ok, je suis souple à condition que les résultats soient là. Je leur laisse du temps pour les groupes de paroles, ils ont deux heures toutes les semaines, si ils veulent prolonger c’est après les horaires de boulot. Résultat, tous les groupes prolongent leurs débats jusqu’à 18h00.

Je reste bien après, je termine mon courrier, prend note des comptes-rendus des groupes, envoie quelques mails, assure les visioconférences avec les québécois tous les mardis, organise ma journée du lendemain. Vers 20h00 je téléphone à Martine et aux filles. Cet appel me plombe le moral de plus en plus, je sens Martine comme absente, silencieuse, Charlotte vient rarement me dire bonjour. Il n’y a que Zoé pour se languir de moi. Décidément, l’enfer est pavé de bonnes intentions, je me décarcasse pour une meilleure situation qui profitera à tout le monde et quand j’appelle le soir, c’est tout juste si je ne dérange pas.

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Le narcissiste n'a en soi rien de fâcheux mais, à défaut de pouvoir se connaître lui-même, il en vient à se désintéresser des autres.

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Je m’en doutais, mais de l’entendre m’anéantit. Je l’aurais parié, Alex ne vient pas avec nous pour les vacances, nous serons seules la semaine dans le Morvan. La perspective de ce voyage m’épuise à l’avance. J’ai envie de tout laisser tomber, de rester ici bien au chaud chez moi. Alex m’a proposé de demander à sa sœur de venir avec nous, je n’ai pas envie. Je ne veux m’obliger à rien là-bas, déjà que je suis obligée d’y aller sinon on perdrait l’argent de la réservation. Je le regarde mon Alex, sa mission à Marseille le transforme, il est heureux, il prend de l’épaisseur dans le sens où le poids des responsabilités lui va bien, il l’attendait cette opportunité et maintenant qu’elle se présente, il lâche ses réserves. Il devient vraiment séduisant, enveloppant, ses quelques cheveux blancs lui donnent beaucoup de charme. Tout en préparant les valises, je pense combien la vie est injuste pour les femmes, nos premiers cheveux blancs sont des rayures sur notre visage, ils nous rangent sagement de l’autre côté. C’est bien là tout le problème, quand les hommes embrassent enfin leur carrière, on nous relègue, nous les femmes, de l’autre côté, on nous renvoie à d’autres activités plus sages. Zoé fait irruption dans ma chambre, toute excitée à l’idée de faire du poney, elle court après Pilou qui se précipite sous le lit, apeuré devant tant d’enthousiasme. Viens mon petit Pilou, viens que je te fasse un bisou ! Maman, pourquoi, Pilou se sauve ? Peut-être a-t-il peur que tu le transformes en monture ! Dis-je en forçant mon rire ! J’suis sûr que ça capte pas là-bas ! Charlotte nous rejoint en se traînant, elle se laisse glisser le long de la porte tout en gémissant. Dis maman, on peut pas y aller, j’peux pas rester sans téléphone là-bas ! Mais, si ma chérie, il y a du réseau, ne t’inquiète pas, par contre, tu ne seras pas tout le temps pendue à ton portable, nous irons faire des promenades autour du lac des Settons ! Je hais la campagne, c’est la dernière fois que je vais dans ce trou paumé. Je ne l’écoutai plus, j’avais entre les mains, une belle écharpe qu’Alex m’avait offert pour mes 40 ans, j’aime ces couleurs de fruits, allant du rose tendre de la pêche, au rouge de la fraise des bois, au violet de la prune de fin d’été, jusqu’aux mûres noires de septembre. J’aime la douceur de sa maille, je la déplie, l’enroule autour de mon cou, plonge ma tête dedans, je voudrais m’enfouir dans sa douceur et disparaître.

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Aucun paradis n'est perdu. Cherchez mieux.

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Guitton est parti à la concurrence chez les italiens. Le boss est furax, non pas de perdre son collaborateur mais de se retrouver devant le fait accompli. Il est vexé, Guitton l’a largué et pour une fois ce n’est pas lui, le boss qui a décidé. Du coup il me met encore plus la pression, mais en même temps il est prudent, il connaît mes compétences, le marché est dur et je commence à être un peu connu, alors il la joue complice, anciens combattants. Je ne suis pas dupe, je le connais. Il n’y a qu’une chose qui compte : le business. Et ce business là, en ce moment m’éclate, j’aime cette mission, jamais je ne me suis senti autant en forme, j’ai une pêche d’enfer et pour l’instant, tout roule. Je souris intérieurement en classant mes dossiers l’un sur l’autre, je pousse ensuite la pile vers le bout de mon bureau en haut à gauche, j’aligne le bloc note, le téléphone, la lampe, je range mes cartes de visite dans le tiroir de droite, j’en profite pour reclasser un peu la boite de trombone, l’agrafeuse, les stabilos de couleur, les tampons de la société, d’autres fournitures, je referme le tiroir, referme mon portable, le débranche, je le range dans sa housse. Je me retourne pour fermer les portes de mon placard, j’enfile mon manteau, je prend l’ordinateur, ma sacoche, me dirige vers le pas de la porte, un dernier regard sur mon bureau Vous avez bien travaillé, Alex, et vous êtes le meilleur ! J’éteins la lumière. Je descends l’escalier, juste éclairé par les lumières de sécurité, il fait nuit depuis longtemps. J’aime ce silence du soir, j’aime prendre le temps de finir ma journée, de mettre mon bureau en ordre pour le retrouver demain près au combat.

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Vous avez remarqué que moins les gens ont de choses à dire plus ils les disent fort ?

Nous nous sommes arrêtées à Saulieu, faire quelques courses. Je me suis garée à la place Monge, la place du marché, j’ai retrouvé avec tendresse, les grosses maisons, la pierre, la douceur du lieu. La basilique Saint-Andoche fidèle, nous a accueilli en faisant teinter ses cloches. Nous nous sommes promenées un peu jusqu’à la rue de la Truie qui File, pour retrouver le charme des maisons anciennes dans une rue piétonne et puis aussi pour ce nom, la Truie qui File, elle file depuis tellement de temps la truie, et elle est toujours là, comme moi, je file ma vie et je suis là. Une lourdeur m’envahit, une douceur pleine et grosse en moi, je me sens calme et sereine mes pas sur les pavés anciens. Zoé et Charlotte sont tombées aussi sous le charme de ses retrouvailles, Pilou en laisse est content de se dégourdir les pattes. Il nous reste moins de trente kilomètres pour atteindre Moux-en-Morvan et notre gîte pour la semaine. Je décide de me reposer et de me ressourcer au maximum pendant ces quelques jours.

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Martine a l’air détendue, l’air de la campagne lui fait du bien, je suis content pour elle et les filles. J’aurais bien aimé prendre le temps de ces vacances, mais là, je ne peux pas. C’est une bien belle saison l’automne, là-bas… Assez rêver mon vieux, au boulot ! Les vacances ce sera pour Noël ! Je me secoue comme pour me débarrasser de cette torpeur nostalgique qui m’envahit. Je me lève pour chercher un dossier. D’ici là, nous aurons le contrat des québécois ! Il ne me reste plus que 5 entretiens à faire dont la belle Violaine, j’ai repoussé jusqu’à présent parce que cette fille est une vraie beauté, j’ai voulu prendre de l’assurance et bien comprendre l’ambiance d’ici avant de me retrouver face à elle. Elle mène son monde à la baguette et sa place à l’accueil lui permet de tout voir, tout contrôler. Elle est loin d’être idiote en plus ! Toujours est-il que quand le boss est venu la semaine dernière, elle s’était mise en minijupe avec des bottes, j’ai crû qu’il allait bouffer sa cravate ! Il est devenu muet quand elle lui a serré la main ce n’est pourtant pas dans son habitude !!

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J’ai déposé Zoé à son cours de poney, Charlotte est resté au gîte. Elle s’est liée avec la fille de nos voisins de vacances. Je suis contente pour elle, elle craignait tellement ces vacances, maintenant elle a quelqu’un à qui parlé. Moi, je n’ai personne si ce n’est Pilou. N’est-ce pas Pilou ? dis-je en caressant sa petite tête blanche. Pilou jappe de joie tout en me léchant la main. Je sors de la voiture pour aller marcher dans le bois de Patuet. La nature est superbe en cette saison, j’aime les couleurs, l’odeur de la terre humide, la tiédeur qui se dégage des arbres. Je marche en laissant Pilou sans laisse, il reste à côté de moi, tout heureux de gambader. Mes pensées me rattrapent, mes pieds jouent avec les feuilles et m’emmènent dans mes souvenirs aussi. Enfant j’aimais tellement jouer dans les bois, courir, crier, faire des cabanes avec mes frères, nous battre et chahuter jusqu’à sentir le feu des fougères sur la peau et le ventre crier sa faim. Alors nous nous précipitions vers ma grand-mère pour lui réclamer notre goûter de pain et de chocolat. Comme j’aimais cette insouciance, le monde était à nous et nous ne le savions pas. Qu’ai-je fait de ma vie ? Les années ont défilé, je ne cours plus dans les bois, j’ai perdu cette envie, cette force. Je m’éloigne d’Alex ou est-ce lui qui s’éloigne, je ne sais pas, je sens que nos routes s’écartent et pourtant nous nous aimons. Comme tout cela est compliqué ! Mes pensées résonnent dans ma tête au rythme des feuilles qui s’envolent, le silence en moi peu à peu m’apaise. J’écoute les bruits de la forêt et me dis combien tout pourrait être simple, pourtant.

Je ne m’inquiétais pour rien, l’entretien avec Violaine s’est très bien passé. Elle a été efficace, synthétique, professionnelle sans équivoque. Son boulot est bien organisé, elle gère tout le secrétariat que Claire ne fait pas et bizarrement, alors que ces deux là n’ont rien en commun, elles s’entendent à merveille ! Décidément je ne comprends rien aux femmes. Violaine prend le secrétariat de la production, elle gère le standard et l’accueil. Tandis que Claire s’occupe de mon secrétariat, le suivi administratif du personnel, l’interface avec le siège. C’est un peu la belle et la bête, elles sont inséparables, l’une a besoin de l’autre et réciproquement, deux opposées que tout rassemble… C’est un très bon duo qui marche et je n’en demande pas plus.

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Je rentre demain soir à la maison et samedi j’accueille la petite famille. Ce soir je mets en ordre mon rapport pour le boss, je peaufine, je me relis, corrige, je veux que mon truc soit impeccable, je me suis démené comme un diable, je ferai un boulot de pro jusqu’au bout… Je termine et j’envoie au boss. 20h08 ! Il va voir que je ne compte pas mes heures ! Allez, je range vite fait et je rentre à l’hôtel.

J’éteins la lumière de mon bureau, sors, remonte le couloir, me dirige vers l’escalier, tiens il y a encore de la lumière en bas. Le parfum de Violaine  ! Mais que fait-elle à cette heure ? Bonsoir Violaine, vous avez un souci ? Oui, je suis en panne de voiture, je suis obligée d’attendre qu’une amie vienne me chercher, elle est caissière à Auchan, elle termine à 21h30. Mais si vous voulez je peux vous déposer ! Ah mais avec plaisir, je n’ai pas envie de rester toute seule ici, et puis je commence à avoir faim ! Tout en me disant cela, elle avait déjà enfilé son blouson, replacé son abondante chevelure par-dessus, attrapé son sac, éteint la lumière de l’accueil. J’suis prête ! Me dit-elle tout en plantant son regard dans mes yeux. Alors, vous m’emmenez ? Nous nous sommes dirigés vers la sortie. J’ai ouvert la porte, elle s’est glissée près de moi pour sortir la première Vous me sauvez la vie ! Sa main droite s’est posée sur ma poitrine Peut-être pas la vie, mais au moins la soirée ! Elle me décroche un sourire langoureux sur des lèvres brillantes. Hou là, pas de panique Alex, tu ne fais que la raccompagner ! J’actionne le bip de ma voiture, nous nous installons. Violaine a posé son imposant sac à ses pieds, elle farfouille dedans pour sortir son portable et laisser un message à sa copine, je roule tout en jetant des coups d’œil sur la belle. Elle a la même tenue que lorsque le boss est venu, bottes et minijupe. Je vois ses jambes nues et je découvre le grain de peau de ses cuisses. Je ressens une chaleur immense dans mon bas-ventre avec une envie forte de plonger ma main entre ses cuisses. Elle le sent. Elle s’appuie sur le dossier tout en s’étirant et en jouant à bouger doucement ses jambes l’une contre l’autre. Allez mon vieux, ressaisis-toi ! Je fixe la route en suivant ses indications, nous quittons la zone industrielle pour le 13ème arrondissement, quartier Palama. Nous discutons de tout et de rien, mais son rire chante, elle joue avec ses cheveux en basculant sa tête en arrière, je sens son parfum venir à moi, je me sens bien tout à coup à côté de cette femme superbe. Au pied de l’immeuble, je me gare. Elle me propose de manger ensemble un morceau, puisque de toute manière, nous sommes seuls tous les deux. Je la suis.

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Demain, retour à la maison, j’ai l’impression que nous sommes parties une éternité. Je me sens étrangement calme, cette sensation est bizarre, comme si j’étais dans l’œil du cyclone, ou comme si j’étais anesthésiée. Mon corps est mou, je l’ai laissé se reposer au cours de mes longues marches avec Pilou. J’ai beaucoup pleuré puis j’ai aimé le bruit de la nature, le vent dans les arbres, les tourbillons des feuilles. J’ai eu Alex au téléphone tout à l’heure, il avait l’air préoccupé et soucieux. Nous nous retrouverons demain en fin de journée et dimanche nous réunira, je l’espère de tout cœur.

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J’ai quitté Violaine à 5h00 du matin. On a baisé comme des dingues. Elle m’a lessivé, épuisé, vidé mais comme c’était bon ! Jamais rassasiée, elle sait y faire pour me remettre en ardeur. Je suis complètement fou d’être tombé dans ce piège mais que la chasseresse était enivrante ! Maintenant, ce n’est rien cette histoire, d’abord ce n’est même pas une histoire, c’est un plan cul prémédité par Violaine, plan dans lequel je me suis fait avoir. Car son coup était prémédité, c’est évident. Elle avait une bouteille de champagne au frais qu’elle est allée chercher dès que je suis entré chez elle. Puis elle est venue s’asseoir en face de moi en jouant avec ses jambes et l’angle de vue que je pouvais avoir sur son entrecuisse. Après 3 coupes de champagne, elle est partie dans la salle de bain, quand elle est revenue, elle m’a demandé de l’aider à retirer ses bottes, je me suis levé pour attraper la jambe qu’elle me tendait, j’ai vu qu’elle était nue sous sa jupe… la suite a été torride. Bon Alex, ressaisis-toi ! Tu reprends ton cap et tu te remets au boulot en oubliant cette histoire. Ce serait vraiment con que tu te laisses impressionner par cette fille. D’abord, je ne bouge pas du bureau aujourd’hui jusqu’à mon départ pour la gare. Je mangerai un sandwich ici, je vais demander à Claire de me le rapporter. Ce soir, je suis chez moi, demain Martine et les filles rentrent et tout va rentrer dans l’ordre.

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Zoé saute au coup de son père et lui raconte les cours de poney, Charlotte se précipite sur son ordinateur pour récupérer tous ses messages reçus pendant la semaine. Pilou court d’abord vers la cuisine avant de faire le tour de toutes les pièces, peut-être à la recherche du grimard, je ne sais pas. Je pose mon sac, les clés sur la commode de l’entrée et demande de l’aide pour vider le coffre. J’embrasse Alex, le regarde à dérobée, il évite mon regard et se précipite vers la voiture. J’ai fait les courses et préparé à manger pour ce soir ma chérie, poulet rôti et pommes de terres sautées, puis salade et glace. Youpi des glaces ! merci mon papa, t’es un amour !! Le repas s’est déroulé dans une ambiance survoltée, Zoé racontait toutes les anecdotes des vacances et Alex n’arrêtait pas de poser des questions tantôt à Charlotte, sur sa nouvelle copine, tantôt à Zoé, sur sa vocation da cavalière. C’était un brouhaha festif, joyeux mais bruyant alors je me suis levée pour aller dans la cuisine et retrouver un peu de calme. La route m’avait fatiguée, certes mais je trouvais bizarre l’attitude d’Alex, j’avais l’impression qu’il fuyait le silence. Je suis revenue avec les boîtes de glace, les cuillères et les coupes ainsi qu’une boîte de langues de chat. Et toi mon chéri, comme s’est passé ta semaine ? Il m’a regardé comme surpris de ma question. Oh tu sais, le boulot comme d’habitude, le boss craignait que Guitton passe des infos à la concurrence alors il m’a demandé d’enquêter discrètement sur le sujet. Sinon, j’ai terminé mes entretiens, j’ai vraiment fait un bon boulot, 48 entretiens, tu te rends compte ? Et puis j’ai aussi terminé mon rapport en ce qui concerne un premier groupe de travail sur les horaires des équipes. Non, tu sais, je n’ai pas arrêté, je suis bien content d’être en week-end. Combien de temps vas-tu encore aller à Marseille ? Je pense jusqu’aux vacances de Noël, ensuite je reprends ma vie de banlieusard !

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Nous avons mangé nos glaces, puis les filles m’ont aidé à débarrasser, Alex voulait voir les infos à la télé. J’étais silencieuse dans la cuisine tout en rangeant les couverts dans le lave-vaisselle, les filles jacassaient ensemble et Pilou réclamait sa gamelle. Le grimard, véritable sirop des rues, miaulait contre la porte-fenêtre de la cuisine. Zoé a ouvert et le chat s’est engouffré dans l’escalier à la recherche d’un lit. Les filles sont montées dans leur chambre, j’ai éteins la lumière puis suis allée rejoindre Alex dans le canapé. Tu sais, j’espère pouvoir tenir jusque-là ! Tenir quoi ? Tes absences, tes semaines à Marseille pendant que je suis là, seule avec les filles. Je sais que la situation n’est pas drôle pour toi, mais sache qu’elle n’est pas drôle aussi pour moi, tu sais, ce n’est vraiment pas marrant de se retrouver le soir dans une chambre d’hôtel, je préférais être ici avec toi et les filles.

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Alex, panique pas mon vieux. C’est rien cette histoire, rien du tout. Tu vas pas te mettre à déconner, et foutre ta vie en l’air pour cette fille. Pense à Martine, aux filles, ta famille, réveille toi bordel ! Bien justement je suis réveillé, il est 4h38 au radio-réveil et je ne dors pas. Je pense à cette soirée d’hier, cette nuit avec Martine, je suis devenu un automate, j’ai la sensation de vivre derrière mon ombre, je suis le double de moi. J’ai l’impression que les baisers de Violaine, les caresses de Violaine sont marqués sur moi comme des tatouages. J’ai fait l’amour mécaniquement avec Martine, rien, je n’ai rien ressenti, enfin si, je n’ai pensé qu’à Violaine et cette folle nuit de jeudi soir. Ah tu pensais que ce n’était qu’un plan cul et que tout partirait sous la douche ? Te voilà baisé mon vieux ! Et bien t’es pas dans la merde, maintenant.

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J’ai mal dormi, j’ai fait le même rêve en boucle plusieurs fois. J’allais à la gare pour prendre un train et je l’ai toujours loupé. Dans mon rêve je me dépêchais, je courrais mais à chaque fois, c’était pour voir le train partir sous mes yeux. Il y avait au bout du quai, un immense sablier qui se vidait sans cesse. Je ne sais pas ce que cela veut dire, toujours est-il que je suis fatiguée d’avoir couru après ce train. On ne dirait pas que je viens de prendre une semaine de vacances ! Cela ne tourne pas rond dans ma tête en ce moment, je vois tout de travers, j’ai l’impression qu’Alex ne pense plus qu’à sa carrière… Heureusement, demain je reprends le boulot, je vais vite oublier tout ça.

3 messages ! Violaine m’a laissé 3 messages sur mon portable !

26_OK

Quand les frigides errent on se les gèle.

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Ca alors, le vieux a été dégagé ! Tout le monde est retourné ! J’en reviens pas. Il est parti, même pas un pot d’adieu, ni un au revoir ! Les bruits courent qu’il est parti avec un sacré parachute, il va pouvoir profiter, le salaud ! C’est pas à moi que cela arriverait de partir avec le pactole. En attendant, radio moquette file son train, on ne parle que de ça ! Il parait qu’ils vont parachuter quelqu’un du siège, et pas un facile, un financier pur et dur ! Plus personne ne bosse, on attend l’ordre et le contre-ordre. L’excitation est à son comble ! Il n’y a qu’une chose à faire, attendre !

Comment m’en sortir, et puis d’abord ai-je vraiment envie de m’en sortir ? Je ne sais pas. Je sais une chose : j’ai envie de retrouver Violaine, de retrouver son corps, de lui faire l’amour et tout oublier ! Cette fille m’a mis les sens en feu. Et puis merde, je suis à Marseille, à 800 kilomètres de la maison, je ne fais rien de mal en vivant cette histoire avec Violaine. Martine n’en saura rien. Je suis prudent.

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Evitons le dialogue. Optons pour le monologue contradictoire.

Il faut que je la joue fine, mon patron partit, une nouvelle restructuration va arriver sans aucun doute. Ce qui m’inquiète, c’est que le vieux ne m’ait rien dit, même pas une allusion, rien. Pourtant je bosse avec lui depuis 4 ans. J’ai écouté ses jérémiades, ses lamentations sur la difficulté d’avoir deux ex-femmes, de payer les pensions alimentaires… il se plaignait, je l’écoutais. Mais jamais il n’a laissé entendre qu’il allait partir. Tout s’est décidé très vite pendant la semaine de vacances. Il a dû sacrément négocier pour accepter de partir, car il y tenait à son boulot, ses clients, ses restos. Il paraît qu’ils vont faire un plan social. Que vais-je devenir ? Et Alex qui est à Marseille, loin de nous, loin de tout. Quand je vais lui raconter ça !

Je suis arrivé à Marseille. 2 messages de Violaine dans ma boite mail. Il faut que la vois, lui dire qu’elle ne m’écrive pas de mails. Elle arrive à 9h30. Je vais descendre, prétexter un service pour lui parler. En attendant, rien que de penser à elle, je bande comme un âne !

Je suis déchaîné, j’expédie les affaires avec une efficacité de jeune premier, j’ai les crocs, je vais les bouffer ces ritals ! Ah comme c’est bon, cette énergie, je me sens revivre !

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Entre le spermatozoÏde et l'asticot : mettons-nous au vert.

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